L’Afrique dans la main du diable

L’Afrique dans la main du diable

Les éditions De La Lune

PERSONNAGES

Le chœur
Soukeyna, jeune intellectuelle et héroïne
Marianne, amie de Soukeyna et moins âgée
Le mari de Soukeyna
Le commandant Zouma, chef de la prison
Sasso :
Django : caporaux
Le conseiller
Birahim : le balayeur
Djibril :
Zango : prisonniers
La femme du prisonnier
Sami
Ibou
Sékou
Assanou 
Rémi
Le passeur


A Asmaou ma petite sœur,
Merci pour toute la joie que tu as apportée à ma vie…
Je pense à toi et je n’ai pas oublié que tu es unique !
   


ACTE I

Le chœur (Il entre et s’assoit.) : - En Afrique noire existe un pays nommé Diangor. Les habitants de ce pays s’appellent les Diangorois. Dans le temps où l’amour était la loi de la vie, Diangor était une terre de paix, une terre enviée aussi bien par les Noirs que par les Blancs. C’était un pays reconnu pour sa culture. Aujourd’hui, à présent qu’en Afrique et dans le reste de la planète terre la vie humaine perd ses valeurs, Diangor n’est plus le même. Depuis que la manière de vivre occidentale est devenue un modèle pour l’humanité et surtout pour les Africains, Diangor est  devenu un pays où les jeunes se sentent trahis par leur Afrique et - pour fuir la misère qui accable hommes et femmes, instruits et ignorants, vieux et jeunes - risquent leur vie en entreprenant des voyages en Europe, en passant par la mer. Toutes les valeurs jadis reconnues à ce territoire sont anéanties, le vent de la richesse abondante soufflant sur l’Europe. Ainsi, Diangor est un des lieux principaux que traversent hommes comme femmes pour se rendre au paradis sur terre. Ce phénomène devenant un vrai fléau, l’Etat de Diangor prend la décision d’emprisonner qui tente de s’embarquer dans une pirogue pour l’Europe. Cette démarche s’avère inefficace, car des vagues de jeunes, venant de tous les recoins du continent, continuent à préférer la mort en pleine mer à la vie dans une Afrique maudite par je ne sais qui. Ils continuent à préférer le mépris des Blancs aux salutations fraternelles en terre africaine.
(Il se lève et disparaît.)


Scène 1 (A la prison, dans le bureau du commandant. Birahim, seul, balaie, range le bureau et chante. Après, entrera le caporal Sasso)
 
Sasso :- Birahim ! C’est quoi ce désordre ? Ces cris ?   

Birahim :- Quoi ? Qu’ai-je fait de mal ? Et en plus je suis venu trop tôt, une heure avant toi et sûrement deux heures avant monsieur le commandant.

Sasso :-Tu n’es qu’un imbécile. Tu ne t’es jamais demandé un jour où tu pourrais apprendre à parler comme il faut à tes supérieurs ?

Birahim :- Mais… je ne vois pas pour quelle raison tu te mets à m’insulter de la sorte. Qu’est-ce que j’ai dit de miraculeux, de bizarre ? Tu ne m’as pas trouvé là ? Montre-moi où se trouve monsieur le commandant. Que ce soit aux supérieurs ou aux inférieurs, il n’y a qu’une manière de parler : être sincère à dévoiler la moindre goutte de vérité.

Sasso :-Et voilà que tu cherches à légitimer tes conneries, à peindre tes sottises. Je te pose une seule question à laquelle tu devras répondre sans réserve : qui, ou de toi, ou de moi, aurait d’ennuis s’il s’absente ou qu’il vienne en retard ?

Birahim :- Si tu t’absentes, la prison ne sera pas ouverte : peine de plus pour les détenus qui ne verront pas la lumière du jour. Si le commandant fait pareil, il n’y aura aucune possibilité de libérer certains uns.                                  
Sasso :-Là tu ne fais que parler d’obligations et des      conséquences qui découleraient de leur non    accomplissement. 

Birahim :- Il n’y a aucun rapprochement possible. Tu es un caporal, un gendarme, et moi un balayeur, un simple employé. Inutile de chercher à répondre à la question qui demande qui est supérieur entre le ministre et le planton. Cela n’a jamais figuré sur la liste des questions que je me suis posées depuis que j’existe.

Sasso :- Et voilà ! Tu as intérêt à fermer ta bouche et à regarder ce qui est de ton côté.

Birahim :- Exactement comme cela, mon sergent.

Sasso :- Je t’ai demandé de ne plus m’appeler sergent. Je ne suis qu’un caporal.

Birahim :- Caporal, j’ai seulement besoin de te dire que ce pays est le mien et que chacun est tenu à veiller sur son prochain, quelle que soit la nature de l’un ou de l’autre.

Sasso (ironique) :- Quelle intelligence ! Pourquoi tu n’es pas allé loin, soutenu par ta philosophie et par ton patriotisme ? C’est bizarre. (menaçant) Je te le répète pour la dernière fois et je te prie de bien ouvrir les oreilles : que je vienne en retard ou que le commandant arrive quand il veut, ce n’est pas et ne sera jamais ton problème. Toi, tu travailles pour moi. Et tu as intérêt à être sous mes ordres.
Birahim :- Et toi tu travailles sous les ordres du commandant…. Alors là, d’une manière ou d’une autre nous devons être vus du même oeil. 

Sasso :- Tu ne seras jamais vu sur le même plan que moi. Toi, tu travailles sous mes ordres.

Birahim :- Qui ? Sous les ordres de qui ?

Sasso :- De moi. Simple loquace ! Je te préviens qu’à compter de ces secondes, ne m’ouvre plus jamais la bouche. Je me fous de tout ce que tu peux penser, de tes raisonnements infondés.

Birahim :- Je n’ai jamais eu l’envie de faire plaisir, par mes paroles, à qui que ce soit, surtout lorsqu’il s’agit d’une personne qui t’est semblable. Tu penses que c’est sur vos dos que l’on arrivera au sommet de la montagne ? Jamais. Ce pays sera ce qu’il a toujours été s’il compte sur vous.

 Sasso :- Je te vire ! Tu es congédié !

Birahim :- Tu n’as pas ces pouvoirs. Va chercher ton supérieur et rapporte-lui exact ce que je t’ai dit. (Furieux, le caporal sort en disant ceci.)
Sasso :- Attends-moi ici et tu verras.

Birahim (seul et faisant face à la porte) :- Tu es qui pour me congédier ? Ecarte-toi. (Quelques secondes après, Birahim quitte le bureau lui aussi, et la scène reste vide.)


Scène 2

Le commandant (Il entre au bureau, s’occupe de ses dossiers, la tête baissée. Quelqu’un frappe à la porte) :- Oui ! Entrez.

Sasso :- Mon commandant !

Le commandant (Il lève les yeux.) :- Tout le monde est déjà en service ?

Sasso :- Sauf sergent Charles.

Le commandant :- Charles ! Le travail de cet homme met tout en désordre. Depuis quelle heure la prison est ouverte ?

Sasso :- Les grilles sont encore fermées, (montrant sa main) les clés sont là.

Le commandant :- Ce n’est pas possible ! Je ne te parle pas de grilles, je te demande à quelle heure la prison a été ouverte.

Sasso :- Je me suis levé à six heures, il y avait du monde.

Le commandant :- Et comme ça tu me dis aisément que tu t’es levé à une telle heure ! Quels hommes insupportables ! Au temps où j’étais caporal ou sergent, je me levais très tôt ; l’arrivée de 4 heures du matin me trouvait déjà en pleine activité. Et maintenant on voit comment ça se passe.
Sasso :- Mon commandant, vous êtes en train de dire qu’être plus gradé veut dire se réveiller à n’importe quelle heure ? Parce que là je ferai tout pour être le plus gradé de ma génération. Ça me dérange de quitter le dortoir à l’aube.

Le commandant :- Tais-toi ! Tu es en face de ton chef.

Sasso (en saluant militairement) :- Un non gradé ne doit pas dire n’importe quoi à son chef.

Le commandant :- Le compte a été fait ?

Sasso :- Par moi-même. J’ai compté plus d’une soixantaine de prisonniers. Hier, on en a reçu quatorze. Des gens surpris sur la petite côte. Ils auraient débarqué dans cinq minutes sans notre présence. Je pense que vous êtes au courant de comment évolue la situation. 

Le commandant :- O mon Dieu ! ? Jusqu’où continuer avec ce genre de vie ? Personne n’a peur de la mort.

Sasso :- Oui, mon commandant. C’est normal que personne ne craigne de mourir.

Le commandant :- Comment ça, normal ?

Sasso :- La vie n’est plus la même. Rien ne reste d’ailleurs jamais intact.                                               

Le commandant :- Effectivement, je n’ignore pas que l’homme n’est pas une pierre. Il doit y avoir des changements dans sa vie. Mais il y a tant de choses qui mériteraient d’être les mêmes. Comme ces principes : aimer son prochain, respecter ses parents. ..Comme ces sentiments naturels à la vie humaine : aimer le beau, avoir peur de mourir…

Sasso :- Exactement, monsieur le commandant. C’est ce que je voulais dire. Puisque vous attestez la différence entre la vie des hommes et celle de la nature, je vous dirais que notre vie est conditionnée par notre environnement. Nous subissons d’énormes influences.

Le commandant :- Ils veulent se suicider, ces gens-là.

Sasso :- Loin de là, mon commandant. Ils ne cherchent qu’à tenter leur vie.

Le commandant :- Crois-tu que ce soit la meilleure des voies ?

Sasso :- La plus évidente, je pense. Prendre la mer pour se rendre en Europe vaut à leurs yeux le seuil vers le bonheur. Ils doivent avoir raison, ces gens-là.

Le commandant :- Ils ont eu un avocat. Tu défends leurs actes ? Qu’est-ce que tu fais là ? Pourquoi tu ne les suis pas pour aller te noyer ? Tu défends ce qu’ils font ?
Sasso :- Pas à cent pour cent. Parfois je trouve de la logique en certaines de leurs réflexions. Si je suis là, c’est parce que c’est un métier qui me plaît. J’aspirais depuis très longtemps à être utile pour la sécurité de mon pays. Ce n’est pas que je gagne ma vie…

Le commandant :- Ça suffit !

Sasso :- Oui, commandant. C’était tout juste pour vous expliquer que l’environnement a de véritables influences sur l’être humain.

Le commandant :- Que veux-tu dire par là ?

Sasso :- Que le caporal est bon si son chef est plus bon.                        

Le commandant :- Donc, là tu insinues que je ne suis pas bon, que je suis un imbécile !

Sasso :- Je n’ai rien dit de pareil. Comment dire que mon commandant n’est pas bon alors que je suis un type super bien ?

Le commandant :- Quel discoureur ! (moqueur) Je suis un type super bien. Rejoins ton pote. (Le caporal sort, le commandant reste seul au bureau et reprend ses travaux.)

Dernière mise à jour de cette page le 02/04/2007

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