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L’avion brisa les nuages et déploya ses ailes sur l’aéroport. Sur l’aéroport inondé de personnes de tout sexe, de tout âge et de toute sorte. Et tous les regards se braquèrent sur l’appareil. A l’unisson, les femmes entamèrent des chants traditionnels exécutés habituellement lors de l’accouchement, et les hommes, des prières de la même occasion ; les jeunes – garçons et filles confondus – battaient des tam-tams et faisaient entendre de nouveaux chants, créés pour le grand évènement. Il était jeudi, et le Président revenait.
Tout ce monde plaça un regard anxieux sur cet oiseau mécanique qui pouvait disparaître dans les nuages ou être embrasé en l’air. Tout mouvement de montée ou de descente de l'appareil entraînait le même mouvement des yeux des spectateurs. Nul n’osait ciller. Les chants montaient, secondés par les prières, et le soleil faisait couler des ruisseaux de sueur. On devait tous avoir soif, mais la soif était plutôt psychologique. L’appareil baissait, et les cœurs se calmaient; il vomit ses tentacules de fer et les déposa sur la piste, après trois longues minutes.
L’avion accoucha enfin du Président, escorté par une escouade de gardes du corps. Levant les yeux sur les quatre coins de l’aéroport et saluant d’un geste de la main, Wakana (le Président) se dit : « Allah a honoré le pouvoir ».
Comme les membres de la délégation sortaient eux aussi, les chants ont pris un nouveau rythme et contenaient un nouveau thème : rendre grâce à Allah pour avoir fait que l’enfant soit sorti vivant. L’aéroport est devenu un terrain où cris d’allégresse se distinguaient à peine de remerciements adressés au Tout-Puissant.
Les officiers de l’armée rangèrent au mieux leurs troupes, et à présent débuta l’exécution de l’hymne national. Les spectateurs se turent et attendirent la fin de l’hymne pour se replonger dans l’enthousiasme.
Le Président fut accompagné par les gardes du corps et les cris jusqu’à sa voiture où une porte s’ouvrit et le laissa disparaître. Plus le cortège d’honneur avançait, plus des mains se secouaient en signe d’au revoir. En ce moment-là, toute cette foule devait rentrer, devait essayer de rentrer après ce grand spectacle dont les préparatifs avaient commencé trois jours auparavant.
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